mardi 19 avril 2011

OUTREAU, le droit à la parole des enfants victimes


28 mars 2011
La parole des enfants victimes de sévices sexuels, réhabilitée lors de l’important colloque du 24 février à Paris sur « la mystification d’Outreau », continue d’être mise en doute par Eric Dupond-Moretti, défenseur de l’un des acquittés durant le procès, aux dépens de ces petits martyrs, de leur aîné Chérif (Kevin) Delay, et du journaliste Serge Garde, auteur de la vidéo de ce dernier présentée ici sur mon site en primeur mondiale.
Ce scandale se double d’un autre : la manière dont France-Info a présenté le dossier samedi dernier avec la vidéo, au point de provoquer un droit de réponse de Serge Garde à la station.
Voici tout d’abord le résumé écrit de France Info sur le dossier de samedi, que vous pouvez écouter sur Internet avec les interventions de Garde et Moretti:
Nous avons interviewé Serge Garde, puis nous avons présenté ses arguments à Eric Dupont Moretti, l’un des avocats des acquittés d’Outreau.
Outreau : contre-enquête sur une vidéo choc Le journaliste Serge Garde et l’avocat Eric Dupond Moretti : le « face à face ». (8’16″)
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Serge Garde : « Chérif Delay n’avait jamais parlé jusqu’à présent, je l’ai rencontré à Dakar ou il vit actuellement, et je me suis entretenu durant 5 jours avec lui ». Selon le journaliste, « pendant les deux procès d’Outreau, on a dit que Cherif avait raconté n’importe quoi, qu’il avait accusé n’importe qui. C’est totalement faux. Aujourd’hui il maintient ce qu’il affirmait à l’époque : « il a été violé par 9 personnes ». Il y a dans ce dossier deux vérités », soutient le journaliste : « la vérité des acquittés et la vérité des enfants et elles sont difficilement conciliables. 4 personnes seulement ont été condamnées et 12 enfants ont été reconnus victimes, cela ne colle pas, cela est difficile à admettre ». Enfin conclut Serge Garde : « ce qui est terrible, ce qui est très impressionnant c’est que Cherif Delay depuis le début de cette affaire n’a jamais varié dans ses déclarations ».
Eric Dupont Moretti : »Monsieur Serge Garde n’a pas assisté aux procès, je ne connais pas ce journaliste. Je sais juste qu’il s’est déjà illustré dans sa couverture de l’affaire du petit Grégory en défendant les thèses les plus fantaisistes. Si monsieur Serge Garde », poursuit l’avocat, « avait pris connaissance du dossier ou assisté aux procès il se souviendrait que cet enfant a accusé à tort un handicapé mental dont il a été prouvé qu’il ne pouvait pas physiquement avoir commis un viol, et qu’il a aussi mis en cause une infirmière, mère de deux enfants, qui n’a même pas été mise en examen tellement les accusations qu’il avait portées contre elle étaient fantaisistes. ».
L’avocat dénonce une approche journalistique contestable . « Le fait qu’un témoin réitère un mensonge ne le rend pas vrai pour autant ». Il s’inquiète d’une forme de « révisionnisme judiciaire » . Il s’insurge aussi contre un extrait de la vidéo ( le jeune homme relate le viol d’une petite fille Aurore qui se serait déroulé sous ses yeux). « Monsieur Garde », déplore Eric Dupont Moretti, « devrait savoir que cette jeune fille a été expertisée, qu’elle était vierge à l’époque , et que surtout, elle dément formellement ce viol, elle dit que tout est faux, qu’il n’y a rien de vrai dans cette histoire ».
Eric Dupont Moretti s’emporte aussi contre la tenue d’un colloque qui s’est déroulé à Paris à l’Institut de Criminologie le 24 février dernier : « Le titre même de cette rencontre flirte avec le révisionnisme : La parole de l’enfant après la mystification d’Outreau ». De nombreuses personnes ont assisté à cette rencontre : Serge Garde qui a organisé la projection de la vidéo, la psychologue Marie-Christine Gryson, qui a l’époque avait expertisé de nombreux enfants et qui s’était fait étriller pour la « qualité » de son travail, des avocats, mais aussi plus surprenant, un haut responsable de la Chancellerie, Maryvonne Caillibotte, directrice des affaires criminelles et des grâces devait y intervenir. Elle s’est finalement décommandée, estimant qu’ « elle n’était pas à sa place ».
Un ancien ministre de la république lui était bel et bien présent : Pierre Joxe, devenu aujourd’hui avocat. Pierre Joxe se consacre aujourd’hui au droit des mineurs délinquants. Il s’intéresse de très près aussi à l’affaire d’Outreau. En Juillet 2010 dans la revue Après Demain il écrivait ceci : « il y a des victimes, mais il n’y a presque plus de coupables » et il concluait en citant La gazette du Palais : « la machine judiciaire en supprimant les coupables, n’a telle pas aussi supprimé les victimes ? Un certain nombre de protagonistes devenus grands, pourraient décider de reprendre la parole. Des enfants pas si menteurs ? ».
Ces propos ambigus, comme l’attitude de certains magistrats qui n’ont jamais admis l’ « erreur d’Outreau » inquiète Stéphane Durant Souffland, le président de la presse judiciaire : « des magistrats ne veulent pas reconnaître leurs fautes, et avec le témoignage de cet enfant, il y a un climat de révisionnisme judiciaire qui est en train de ressortir, je trouve cela extrêmement dangereux ».
Matthieu Aro
Maintenant je cède la parole à Serge Garde avant de publier son droit de réponse :
« Personne ne peut être dupe. Il s’agit de la première contre offensive qui vise à empêcher l’émergence de la seconde vérité judiciaire d’Outreau : 12 enfants ont été reconnus victimes de viols et indemnisés à ce titre par la CIVI. Cette seconde vérité judiciaire a été totalement occultée depuis le verdict d’acquittement général aux assises de Paris en 2005.
« Si je suis attaqué aujourd’hui, c’est parce que j’ai retrouvé en Afrique Chérif Delay, l’aîné des enfants violés à Outreau. Il m’a fait confiance. Devenu
majeur, il témoigne dans un livre que j’ai coécrit avec lui, « Je suis debout », édité au Cherche midi et qui sera dans les librairies, le 12 mai 2011. Chérif
témoigne également dans le film que je réalise avec le caméraman Jean-Michel Garcia, film dans lequel vont également s’exprimer de nombreuses victimes de l’affaire et du traitement médiatique de l’affaire.
Ce livre et le film provoquent des réactions violentes qui traduisent la peur, voire la panique de ceux qui redoutent cette seconde vérité d’Outreau.
Ce qui est en jeu, c’est le droit à la parole des enfants victimes et au delà, la question de la prise en compte de la parole des mineur(e)s par la justice dans les dossiers de violences sexuelles. C’est la raison pour laquelle je vous fais part du droit de réponse que
j’ai envoyé à France info, sans me faire d’illusion sur le sort qui lui sera réservé… »
« Droit de réponse mailé à France info le 27 mars :
La mise en cause personnelle dont j’ai fait l’objet sur les ondes de France Info vendredi 25 mars 2011 m’amène à vous adresser cette mise au point que je vous demande de rendre publique : Il n’est pas anodin de savoir que France info a embauché comme « journaliste », une des personnes acquittées. Récemment, les auditeurs de France info n’ont pas su qu’un couple ayant également été acquitté au procès de 2005, avait été mis en garde à vue dans le cadre d’une enquête sur de présumées maltraitances à enfants. Par contre ces auditeurs auront appris en boucle que ce couple avait été libéré…
« Maître Dupont Moretti est un excellent avocat. Ses éclats et ses effets de manches sont bien connus dans les prétoires. En pointe dans la défense des inculpés d’Outreau, il leur a sauvé la mise, en terrorisant
tous les témoins qui le gênaient et en terrassant de toute sa prestance un enfant de quatorze ans laminé par la vie qui n’a même pas pu s’exprimer.
Peu élégant, peut-être, mais efficace.
Aujourd’hui, Maître Dupont Moretti utilise les mêmes trémolos indignés pour prétendre s’opposer à la sortie d’un livre qu’il n’a pas lu, d’un film qu’il n’a pas vu. Moi, je suis journaliste. Mon éthique professionnelle me conduit à donner la parole à ceux qui en ont été privés, aussi bien des enfants reconnus victimes et indemnisés comme tels, que des professionnels livrés à un lynchage médiatique.
Maître Dupont Moretti n’a pas en face de lui un enfant sidéré, mais un enquêteur expérimenté, capable d’opposer des faits et des dates à des
attaques personnelles qui ne l’émeuvent pas.
En me qualifiant de révisionniste judiciaire, Maître Dupont Moretti et Stéphane Durand Soufflant, président de la presse judiciaire, me rendent
un hommage aussi involontaire qu’immérité par ce terme qui fut à l’origine appliqué à Zola ou Proust dans le contexte de l’affaire Dreyfus.
Mais, hélas, cet hommage, je dois le récuser : ni Chérif Delay ni moi ne réclamons quelque révision que ce soit. Le doute doit bénéficier à tout accusé. Tout acquittement est définitif. Ce sont des droits auxquels je suis prêt à consacrer les quelques compétences que Maître Dupont Moretti ne me reconnaît pas.
Cela dit, depuis 2005, les acquittés se sont largement répandus en articles, livres, films, conférences et confidences… L’un d’entre eux n’a pas hésité à proclamer l’innocence des quatre condamnés qui ont
pourtant reconnu les faits et accepté leurs condamnations.
Alors, pourquoi un tel affolement lorsqu’une autre parole émerge? Les enfants victimes n’auraient-ils que le droit de se taire? Faut-il laisser la « jurisprudence Outreau » jeter le doute sur toute dénonciation de sévices sexuels par des enfants au point de laisser fleurir de pseudo-concepts qui théorisent sur leur inexistence?
L’enjeu dépasse largement l’image de marque de Maître Dupont Moretti ou les attaques contre ma modeste personne.
Cet enjeu, je souhaiterais aussi que France Info le mesure. Ses auditeurs ont entendu en boucle Maître Dupont Moretti, mais ils n’ont pas su que le journaliste Matthieu Aron disposait aussi d’entretiens avec Maître Costantino, avocat de Cherif Delay, et Marie-Christine Gryson-Dejehansart, expert judiciaire, dont pas une minute n’a été diffusée.
Le livre « Je suis debout » co-écrit avec chérif Delay et publié au cherche midi, sera disponible le 12 mai. Le film sur Outreau que je réalise avec Jean-Michel Garcia, sortira malgré les pressions et les menaces.
Contrairement à ce que vous avez affirmé, il n’est pas financé par Karl Zéro, mais par une ONG internationale, Innocence en Danger, qui défend les enfants victimes d’abus sexuels. Le livre et le film seront critiqués s’ils doivent l’être, mais désormais toute stratégie de l’étouffoir sera mise en échec. »
Serge Garde »

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